C’est beau une ville la nuit…

Il est presque 21h, et je sors pour mon footing quotidien. A cette heure, j’évite les berges du canal et me décide pour un circuit en ville. Je descends tout droit jusqu’au Pile. Dans le terrain de sport à l’abandon au coin des rues Jacques Prévert et Monge, deux jeunes sont en train de dealer. Je pense courir plus vite qu’eux, mais j’évite de les regarder de trop près quand même. J’arrive à la Condition Publique par la rue Monge. Déjà, le mur tapissé d’une représentation du quartier pour le festival Pile au RDV a été à moitié arraché et les lambeaux ondulent dans la pluie et le vent.

Je tourne à droite le long du boulevard Beaurepaire et jette un œil à travers le portail qui garde l’accès à la mosquée Abou Bakr. Je ne sais que penser des polémiques qui entourent régulièrement certaines figures proéminentes de la communauté musulmane roubaisienne. J’ai grandi dans une ville avec des très importantes communautés religieuses, protestante, juive et musulmane entre autres, et je n’ai pas souvenir d’une ambiance aussi sulfureuse. Autres temps, autres mœurs ? Je continue jusqu’à la zone industrielle au bout du boulevard, qui regroupe Bossu Cuvelier et quelques autres. Heureusement que ces entreprises sont là, mais malheureusement seulement 25% des emplois sur Roubaix sont occupés par des Roubaisiens. Problême de qualifications ? A la lecture des chiffres (voir en particulier ici), peut-être. En face, rue de Valenciennes, un bistro, le rideau baissé. Quelle tristesse. J’ai croisé sur ma route une douzaine de bars, tous fermés,sauf le snack en face de la Condition Publique.

Je me dirige vers les 3-Ponts par la rue d’Anzin. Je suis plongé 20 ans en arrière. En 1992, j’ai travaillé 3 mois en Bulgarie, à Kozlodui, une ville riche car abritant la seule centrale nucléaire du pays et ses armées d’ingénieurs, en grande partie occidentaux. 3 ans après la chute du communisme, Kozlodui ressemblait aux 3-Ponts maintenant. Les grandes barres,dont certaines à l’abandon. Les squares où les chardons et les orties se faufilent dans les fissures des sols en béton dévastés. Les vestiges de travaux publics jamais terminés. Et pas un commerce. Pas une pharmacie. Pas un docteur.

Je rentre au centre ville par la rue de Lannoy, un temps le poumon commerçant de Roubaix. Van Der Meersch, qui la connut bien et y fait de nombreuses références dans son œuvre, ne la reconnaitrait pas. La rue commerçante et animée est maintenant sous perfusion, aux soins intensifs. Je remonte le boulevard Gambetta et passe devant les fast-food qui ont tant fait parler d’eux l’année dernière. Flash Burger. KFC. Quick. Un peu plus loin, Subway. Le Broutteux. Et puis, dans le centre commercial, le tout nouveau Family Food Burger. Certains sont Hallal. D’autres non. Ou est le problême ? Je ne comprendstoujours pas le coup médiatique du maire. Peut-être un jour l’expliquera-t-il.

Arrivé en haut du boulevard, de décide d’une dernière boucle parBarbieux. Je descends le long de l’Avenue Le Notre et constate que les travaux de curage de la cascade ont commencé. L’odeur est, comment dire, intéressante… Une benne recueille les divers objets collectés, a priori majoritairtement des branchages. Je suppose que les détritus ont déjà été évacués. Par contre, est-ce un abreuvoir en pierre que j’aperçois au milieu du plan d’eau ? Je passe devant le monument à Gustave Nadaud. Qu’il serait beau s’il était restauré ! Tout à ma contemplation du monument, je manque de percuter un chien, tranquilement en train de faire sa crotte sur le trottoir. J’invective son maitre en lui demandant son adresse, que je puisse venir chier dans son salon. Je traverse l’Avenue du Peuple Belge, descends dans le parc et arrive à l’aire de jeu, où les travaux de remplacement du sol souple sont en cours. A la sortie du parc, je remonte par la rue Verte. Quelques étudiants sortent de l’Edhec. Avant de prendre le tram vers Lille ? Quelle bouffée d’air frais ils pourraient être pour Roubaix si l’on parvenait à les fixer sur la ville. Que leur offre-t-on sur place ? Que fait-on pour que les milliers d’étudiants Roubaisiens se sentent bien à Roubaix ?

Encore quelques centaines de mètres et je suis chez moi. En une dizaine de kilomètres, j’ai vue ce que Roubaix propose de mieux, et ce dont elle doit avoir honte. J’ai vu la diversité de la ville. Certains la voient comme une menace. Je suis persuadé que c’est une chance si on sait la saisir.