Commerce à Roubaix : retour vers le futur

On apprenait il y a quelques jours que Roubaix venait de créer un poste de manager du commerce du centre-ville. La principale information était donc, en creux, qu’il n’y en avait pas jusqu’à présent. Le métier de manager de centre-ville s’est répandu en France à partir des années 1990. C’est un concept dont on parlait déjà lorsque je faisais mes études de commerce il y a plus de 20 ans. Vu l’état du commerce roubaisien, on aurait pu s’attendre à ce que cette décision soit prise il y des années.

On apprend, maintenant, que le maire de Roubaix dit veut rendre le centre-ville piéton. C’est une idée intéressante. Tellement intéressante, même, qu’elle faisait partie du plan proposé par l’opposition municipale en début de mandat. On ne peut que regretter aujourd’hui que le manque de collégialité et de vision de l’équipe municipale ait fait louper le coche à l’époque. Car, si la piétonisation aurait pu être un remède à la désertification du centre-ville il y a quelques années, les conditions ne sont maintenant clairement plus réunies.

Les prérequis et les conditions de succès de secteurs piétons sont connus et bien documentés, qu’il s’agisse de conditions politiques, ou de conditions physiques et pratiques.

Une des conclusions unanimes des expériences de piétonisation est la nécessité d’un fort dynamisme commercial et d’un achalandage piéton fort avant la piétonisation. Le secteur visé par la piétonisation doit être financièrement stable. Dans le cas contraire, la piétonisation ne suffit généralement pas à faire revivre un secteur. Lorsqu’une rue piétonne est créée dans une rue déjà très achalandée, ce sont les piétons qui poussent les voitures hors de la rue. Dans le cas contraire, les piétons ne sont pas davantage amenés à fréquenter une rue après sa piétonisation.

En ce qui concerne les conditions politiques, les espaces piétonniers ne peuvent pas être une solution miracle répondant à tous les problèmes des centres-villes. Ils doivent s’insérer comme une partie d’un ensemble de politiques intégrées. En particulier, toute la littérature disponible sur le sujet, toutes les études de cas, identifient la propreté et la sécurité comme des conditions indispensables au succès. Sur ces deux points, les détails dont on ne s’aperçoit pas en voiture sautent aux yeux quand on parcourt la ville à la vitesse d’un piéton. Et malheureusement, à Roubaix, ils sont nombreux.

Enfin, le critère géographique ne peut pas être éludé. Dans les pays à climat chaud, l’idéal pour les rues piétonnes est d’être orientées Est/Ouest, afin de générer le plus d’ombre possible. Dans les pays à climat plutôt froid, à l’inverse, on recommande que les rues piétonnes soient alignées suivant un axe Nord/Sud, afin de profiter un maximum du soleil. C’est le cas de McArthurGlen, mais pas de la Grand’Rue qui est orientée Est/Ouest.

J’ajoute aussi la résistance des commerçants. Si ce plan est destiné à revitaliser le commerce, il ne peut en aucun cas se faire malgré les commerçants, mais doit bien entendu obtenir leur soutien. Malgré la concertation de cet été, ce soutien n’est pas acquis. Si le maire poursuit ce projet dans les quelques mois à venir, nous serons extrèmement vigilants sur les modalités de consultation des commerçants, puis des riverains.

Le maire sortant a démontré son incapacité à gérer les problémes de sécurité et de propreté dans le centre-ville. L’activité commerciale est dans une spirale négative. L’inaction de la municipalité pendant des années, son attentisme, son manque d’idées, la pousse maintenant à réchauffer de vieilles recettes qui ne sont plus adaptées. Trop peu, trop tard.