Douane de Reckem : pourquoi j’irai voir les travaux

La presse locale s’en fait largement l’écho, le poste-frontière de Reckem est en train d’être démantelé. La signification pratique pour les plusieurs milliers d’automobilistes invités à emprunter une déviation pendant les travaux, est, pour moi, largement éclipsée par l’aspect symbolique.

france belgique 2J’ai grandi à quelques encablures de la Belgique et du Luxembourg. Un de mes plus anciens souvenirs de vacances chez ma grand’mère maternelle est d’embarquer dans la 2CV grise puis, plus tard, dans la Golf rouge de mon oncle pour aller faire le plein en Belgique. Déjà à l’époque, à la fin des années 1970, la guérite du douanier, au détour de la petite route de campagne, aux confins du bois de Musson (ou était-ce celui de Gueville ?) était abandonnée. Dans ma mémoire, c’est une petite guitoune en bois, aux bandes de peinture rouge et blanche écaillée, en train de perdre sa bataille contre les herbes folles. C’était un voyage magique. Il n’était pas long, quelques kilomètres, mais c’était l’aventure. On changeait de pays. On franchissait une frontière, furtivement. On passait par les petites routes, pour ne pas avoir à s’arrêter aux postes de douane encore en service. C’était avant Schengen…

Je mentirais si je disais que ce sont ces escapades qui ont forgé ma conscience européenne. Mais je mentirais aussi si je prétendais qu’elle y sont étrangères. Quand on a grandi à Metz, quand on vit à Roubaix, on sait le tribut que nos villes et nos régions ont payé à une Europe divisée. Je me souviens de mon voisin du 5è, M. Hoffmann, et de ses deux guerres mondiales. Une pour l’Allemagne, une pour la France. Cette année, nous commémorerons les 100 ans de l’occupation de Roubaix, cauchemar raconté de manière si poignante par Van der Meersch.

Alors que notre pays, notre continent même, est traversé par une fièvre égoïste, alors que le repli sur soi est une valeur en hausse, alors que notre population, traumatisée par la crise, a les nerfs à fleur de peau et considère désormais son voisin comme un concurrent, alors que des politiciens racornis, rabougris, frileux, apeurés, veulent nous faire croire que l’enfer c’est vraiment les autres, n’oublions pas notre histoire. Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre, disait Churchill.

Ce week-end, j’emmènerai mes enfants à Reckem, pour regarder les travaux. Parce que je suis fier d’être citoyen d’un pays où on détruit des postes frontières. Parce que je suis fier d’être membre d’un parti qui, pour reprendre l’expression de son président, n’a peur ni des Allemands, ni des Arabes, ni des Chinois.