Hé, l’Europe, tu me paies un arbre?

Le résultat des élections européennes marque un double rejet de l’Europe. Un rejet de l’Europe telle qu’elle est, et un rejet de l’Europe telle qu’elle est perçue. Qu’il ait été prévisible ne le rend pas moins consternant.

Je suis un fervent pro-européen. Mais l’Europe telle qu’elle est me frustre. En s’occupant de tout, elle ne s’occupe de rien. Quand elle se mêle de la contenance de nos chasses d’eau ou de la ventilation de nos immeubles de bureaux, elle faillit à sa mission.

L’Europe doit redevenir cet outil qui permet de faire à plusieurs ce qu’on ne peut faire seul : lancer une politique de recherche ambitieuse, protéger notre modèle social, développer des filières industrielles d’avenir, développer une politique d’asile et d’immigration commune, engager la transition énergétique, assurer la solidarité entre nos régions…

Voilà pour ce qu’elle est, ou devrait être. Mais même avec tous ses défauts, elle ne mérite pas le mépris avec lequel la majorité de la classe politique la traite. Elle ne mérite pas d’être le bouc émissaire de nos erreurs, pire, de nos renoncements nationaux. Elle ne mérite pas qu’on la blâme pour notre propre manque de courage.

Depuis combien de temps les citoyens disent-ils qu’ils en ont assez que les politiques fonctionnent en vase clos ? que les partis semblent principalement servir leurs propres intérêts ?

Depuis combien de temps les partis disent-ils qu’ils ont compris le message, qu’il faut (qu’il faut, hein, pas qu’ils vont…) tirer les enseignements des scrutins ?

Combien de temps encore continuera-t-on  à envoyer aux élections les glorieux losers des scrutins précédents, ou les stars débarquées en catastrophe d’un exécutif, ou les chouchous des partis, parce qu’il y a des carrières à sauver, des factures à payer, des marmites à faire bouillir, et  qu’un mandat en CDD de 5 ou 6 ans c’est quand même plus pratique que de trouver un vrai  job ?

A en croire les réactions hier soir, il est urgent de ne rien changer. Le porte-parole du gouvernement mettait en cause la faillite du sentiment républicain. La faute au peuple, quoi. Alain Juppé voyait lui la solution dans une énième recette de cuisine politicienne. Si on additionne le centre et la droite, c’est magique, le FN n’est pas premier. Ne changez rien, tout va bien se passer, on vous dit.

La vie politique française est en état de décomposition, c’est une évidence. C’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon. C’est en forgeant qu’on devient formidable.  Il reste une chance à François Hollande de terminer son mandat la tête haute, et c’est, pour une fois, de faire preuve de courage. La réforme territoriale et, en parallèle, une vaste réforme de la vie politique, est sa dernière cartouche. Il doit attaquer le mille-feuille territorial, pas à la marge, en bidouillant vaguement comme il sait si bien le faire, mais à la hache, et à marche forcée. Il doit réduire le nombre d’élus, et comme le Parlement ne le votera pas, parce que les dindes ne votent pas pour Noël, il doit soumettre un référendum ambitieux aux Français. Ceux qui voteront contre, par opposition systématique au gouvernement, mériteront leur destin. Pour les autres c’est, peut-être, l’ultime chance de réhabiliter la politique.

Quoi qu’il en soit je n’oublierai pas, moi, que si un jour on peut commencer les travaux du parc Barbieux ce sera sûrement parce que l’Europe aura largement contribué à les financer.