La légende du colibri

 

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt.

Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :cd68983ece8e075ea094da739d5df31e_large

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :

« Je le sais, mais je fais ma part. »

 

Il a fallu l’image d’un petit garçon noyé sur une plage de Turquie pour que le drame des réfugiés prenne corps et s’impose dans la politique européenne et nationale. Immédiatement ont commencé les gesticulations des uns et des autres, se pressant sur les réseaux sociaux pour être les premiers à condamner ceci, exiger cela, 140 signes n’étant pas bien cher payé pour se donner bonne conscience.

J’envie tous ceux qui peuvent déclarer péremptoirement et avec certitude que l’Europe devrait faire ceci, que la France devrait faire cela, et que les maires en général et celui de Roubaix en particulier devraient faire autre chose encore.

A titre personnel je ne peux que reconnaitre que ce drame me dépasse, et, quand même, rappeler quelques faits et poser quelques questions.

Dans nos régions, il y a 100 ans, nos arrière-grands-parents accueillaient en héros les Belges exilés qui fuyaient devant les armées de Guillaume II. Il y a moins longtemps encore, nombre de nos propres parents et grands-parents ont rejoint les 8 à 10 millions d’exodiens Français, Belges, Néerlandais ou Luxembourgeois qui marchaient vers le sud de la France.

Que s’est-il passé dans notre pays pour que nous ayons la mémoire si courte ?

Alors, bien sûr, il appartient à l’Etat à la fois de faire ce qu’il peut pour faire cesser les atrocités, et de fournir un cadre volontariste pour l’accueil des réfugiés.

Et pour autant, l’Etat peut-il tout, alors qu’il existe déjà en France 700 000 SDF, auxquels s’ajoutent 2 800 000 mal-logés ?

Est-il raisonnable de demander, d’exiger même, sous couvert de l’impunité que donne la certitude qu’on n’aura pas à s’y coller soi-même, qu’une ville organise l’accueil de réfugiés, quand elle recense déjà des milliers d’habitants souffrant de l’insalubrité de leur logement et des centaines des Roms vivant dans des conditions ignobles ?

Cependant, une ville n’a-t-elle pas un rôle de catalyseur à jouer afin d’impulser une dynamique et fédérer les bonnes volontés ?

Alors, que ceux qui peuvent aider, à quelque niveau que ce soit, aident, comme certains le font déjà, discrètement, sans attendre d’autre récompense que celle de savoir qu’ils font leur part. Et que les autres, tous les autres, s’abstiennent de tourner un drame humain en terrain de jeu de leurs ambitions politiques.