Réduction des déchets : une urgence sociale

Dans son Point de Vue dans Nord Eclair d’hier, Youenn Martin qualifiait l’ambition 0 déchet de Roubaix de « mesure sociale ». Je partage pleinement son avis. Dans mon intervention en conseil métropolitain vendredi 2 décembre, j’avais même été plus loin en la qualifiant d’urgence sociale. Voici ci-dessous le texte de mon intervention.

M. le Président, Mmes et MM. les vice-présidents, mes chers collègues, l’année dernière, l’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves venait inaugurer le jardin d’une école à Roubaix. Les enfants, très fiers de lui faire visiter leur oasis de biodiversité en plein centre-ville, lui ont demandé pourquoi il était important qu’eux prennent soin de leur environnement alors qu’il leur semblait qu’autour d’eux, si peu de personnes s’en souciaient.

Hubert Reeves leur a raconté la légende du colibri. Dans la forêt amazonienne, un incendie s’est déclaré. Le colibri fait des allers-retours incessants entre la rivière et le feu, pour déposer avec son bec quelques gouttes d’eau sur les flammes. Les animaux de la jungle regardent ce manège et se moquent de lui. Comment, c’est toi, petit oiseau minuscule, qui prétends éteindre cet incendie immense ? Non, répond le colibri. Je ne prétends pas l’éteindre seul. Mais pendant que vous, vous regardez et commentez, moi, je fais ma part.

Mes chers collègues, chaque Noël, on pourrait recouvrir entièrement les villes de Lille, Roubaix, Tourcoing et Wattrelos avec le papier cadeau mis à la poubelle par les Français. Toutes les 2 heures, on pourrait remplir le stade Pierre Mauroy avec les déchets produits en France pendant ces 2 heures.

Alors non, ce plan de prévention des déchets ne va pas tout régler à lui tout seul. Mais oui, il est grand temps que notre métropole fasse sa part. Ce n’est pas une lubie de bobo qui va acheter ses œufs frais avec son panier en osier.

C’est une urgence environnementale, bien sûr, mais aussi une urgence économique et une urgence sociale.

Une urgence environnementale parce que depuis 40 ans la quantité de déchets émise par chaque Français a doublé. Au rythme actuel, elle doublera encore dans les 25 ans qui viennent. Le 8 août dernier, nous avons fini de consommer nos ressources naturelles de l’année, et commencé à entamer notre crédit de l’année prochaine. L’année dernière, le point de bascule s’était opéré le 13 août. En 2014, le 19 août. En 2000, il tombait le 1er octobre. Il faut maintenant 1,7 France pour subvenir aux besoins des Français.

Une urgence économique parce que, dans notre région berceau Français de la 3è révolution industrielle, nous nous devons de montrer que la réduction des déchets ce n’est pas de l’écologie punitive, que l’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité ne sont pas que des concepts portés par des politiques déconnectés, mais qu’ils sont porteurs d’emplois, créateurs de richesses et de développement économique.

Une urgence sociale enfin. Dans notre métropole, le revenu médian par unité de consommation est à peine supérieur à 19000 euros, c’est 1000 euros par an de moins que la médiane française. Dans notre métropole plus qu’ailleurs, permettre aux ménages de faire des économies est une nécessité. Les inciter à boire l’eau du robinet plutôt que de l’eau en bouteilles, c’est permettre 1000 euros d’économie par an pour une famille. Acheter des produits en vrac ou peu emballés, c’est 15 euros d’économie par caddie moyen. L’expérience du 0 déchet menée à Roubaix montre à quel point les résultats d’une politique volontariste peuvent être spectaculaires, et comment ces politiques sont une vraie bouffée d’air frais pour des ménages dans le besoin. La presse locale relatait il y a quelques jours l’expérience d’Andrée, 60 ans, au chômage depuis 3 ans et dont le mari est à la retraite. Andrée déclarait « Avant, on faisait 500 euros de courses par mois. C’était pour trois semaines et on avait beaucoup de mal à finir le mois. Au bout de quelques mois, on est passé à 250 euros. Aujourd’hui, on est dans la deuxième année, je ne dépense plus que 185 euros de courses par mois. » Au-delà de la réduction des déchets, Andrée fait sa propre lessive, n’utilise plus de produits d’entretien, a une parcelle de jardin pour ses légumes. Elle dit : « Le Zéro déchet a changé ma vie. Je me suis retrouvée. Ça nous permet de payer les factures à la fin du mois. Je dors bien. Très bien même, sans me demander comment on va faire. »

On a lu aussi l’expérience d’Aurélie, trentenaire, qui, avec son mari et ses 3 enfants, a réduit ses déchets de plus de 92%. Elle produit maintenant 90 grammes de déchets par jour, contre près d’1 kilo auparavant. Elle déclare « Les courses, pour ma famille de cinq personnes, c’est 50 € par semaine, maintenant. Avant, c’était 170 €. »

Pour conclure, M le Président, chers collègues, d’aucuns trouveront sans doute que le PLPD que vous nous proposez de voter ne va pas assez loin, pas assez vite. D’autres au contraire demanderont à quoi sert de s’engager sur ce chemin, alors que d’autres autour de nous, voisins, partenaires commerciaux ou diplomatiques, ne jouent pas le jeu. C’est sans doute vrai. Mais nous préférons retenir que ce plan consacre le fait que notre métropole décide, aujourd’hui, qu’il est temps qu’elle fasse sa part, et à ce titre le groupe MPC votera bien entendu cette délibération.